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La technologie avance à pas de géant, vite, très vite, trop vite peut-être.

Elle nous dépasse et nous envahit.

Elle s’insinue dans notre quotidien, dans notre intimité, de notre plein gré.

 A l’heure des enceintes connectées qui savent tout de nos habitudes, gèrent nos maisons,

 A l’heure des scandales de détournement des données personnelles de millions d’utilisateurs de Facebook à des fins politiques, de vols de données sensibles par des hackers cachés quelque part dans le Darkweb,

Voici un roman qui vous fera réfléchir encore plus sur notre insouciance et notre nonchalance lorsque nous utilisons nos outils informatiques.

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Un drame se déroule à Londres. Un adolescent est tué par un criminel en cavale, alors qu’il l’avait identifié grâce à des lunettes connectées.

Comment expliquer que cet adolescent jusque-là timoré, soit devenu en quelques mois si intrépide et populaire ?

Ce drame aurait pu tomber dans l’oubli des faits divers, si ce n’était qu’un des témoins de la scène criminelle n’était autre que la fille de Cynthia Bonsant, une journaliste du Daily.

Cynthia cherche à comprendre, et découvre que sa fille, comme l’ensemble de ses amis et des millions de personnes dans le monde, vend ses données personnelles à Freemee, une société américaine spécialisée dans leur analyse. 

Freemee, née du génie d’un cerveau atypique, collecte les données, et propose des applications pour vous apporter bonheur, bien-être, confiance en vous. 

Votre vie en mieux, votre moi amélioré. Vous vous découvrez une personnalité augmentée dans ses capacités les plus diverses. Et plus vous progressez, meilleur est votre classement…

Mais ce bonheur n’est-il pas artificiel ? Que se cache-t-il derrière ce miroir aux alouettes ?

C’est ce que dénonce Zero, un hacker dont on ignore tout et qui a réussi à terroriser le Président des Etats-Unis en déjouant tous les systèmes de sécurité de sa protection rapprochée.

La traque commence. Celle du FBI, et celle de tous les apprentis enquêteurs et geeks du monde entier.

Mais cette frénésie n’est-elle pas qu’une vaste manipulation, et quel rôle joue Freemee ?

C’est ce qu’essaie de découvrir notre journaliste, complètement dépassée par ce déchainement technologique.

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Ce roman n’est pas totalement d’anticipation. 

Si vous suivez comme moi tous les développements autour de la protection des données personnelles, vous frémirez à sa lecture, car ce monde ultra-connecté est déjà bien en place autour de nous.

Nous sommes en permanence suivis, espionnés dans notre vie privée. Je lisais récemment que l’écran connecté que Facebook veut commercialiser serait dotée de caméras pour vous observer dans votre quotidien et vous proposer des publicités ciblées. 

Mais quel intérêt ? Cela n’est-il pas la porte ouverte à d’autres dérives ?

Avons-nous réellement besoin de ces outils à qui l’on demande d’allumer la lumière, choisir sa musique, savoir le temps qu’il fait ? Ne faut-il pas réfléchir aux limites à instaurer autour de la domotique ?

Savons-nous ce que ces géants informatiques plus puissants que certaines nations font de nos données personnelles ? Non, et c’est bien cela qui me dérange et m’inquiète.

Depuis plusieurs mois, j’ai supprimé mon compte Facebook. Et je m’en réjouis. L’impression d’avoir effacé ce fil inutile dans mon quotidien.

Je ne voyais plus l’intérêt de ce réseau social et des publications des uns et des autres, dépourvues d’intérêt à mon sens. Une vie étalée, sans filtre, et au détriment du contact humain. 

Des « likes » virtuels, mais plus aucun échange direct.

En discutant autour de moi, je m’aperçois que je ne suis pas la seule à rejeter de plus en plus ces réseaux sociaux qui créent un monde factice, qui nous inondent d’informations inutiles. Plutôt que de passer un temps fou à faire défiler les pages Facebook des comptes des uns et des autres, ne vaut-il pas mieux prendre le temps d’échanger avec eux, en vrai ?

Bien sûr, il est illusoire désormais de prétendre vivre sans être connecté. Comment ferions-nous ?

Mais la multiplication des séjours en totale déconnection prouve bien que nous réalisons l’impact négatif de ce fil à la patte permanent.

Pour revenir à ma lecture, je me suis laissée emportée par le rythme haletant de ce roman, qui suscite beaucoup d’interrogations, réveille nos craintes, et fascine.

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« Seule demeure une question souvent posée : qui surveille ceux qui surveillent ? Et ceux qui surveillent ceux qui surveillent ? Mais peut-être avons-nous la réponse. Chacun surveille chacun » chantonne Zero, presque joyeusement, en agitant son index face à la caméra. « Little Brother, I’m watching you ». Soudain, il reprend son sérieux. « Mais pas nous ! Et n’oublie pas qu’il faut terrasser l’hydre des données ».

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Zero, un roman de Marc Elsberg, éditions Le livre de Poche.

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