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Pendant les quelques jours en Normandie, alors que nous étions passé subitement de l’été à l’hiver, le temps des lectures est revenu avec la nuit qui tombe si tôt.

20181030_170620Mille femmes blanches, de Jim Fergus, m’a emportée loin de la mer, dans les grands espaces américains.

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Ce livre, j’en avais tellement entendu parler. Il avait marqué tous ceux et celles qui l’avaient lu. Dans le numéro Into the Wild, le magazine America y faisait référence pour évoquer l’Amérique sauvage.

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Comme souvent, je ne me précipite pas sur les livres qui connaissent un succès phénoménal, et ce livre n’a pas échappé à ma règle.

J’essaie de ne pas trop écouter ce que l’on en dit, pour ne pas me laisser influencer par l’engouement général, préférant attendre que le souffle retombe car je crains souvent que cet enthousiasme ne soit qu’un effet de mode.

Ensuite, j’ouvre les pages de ces livres devenus un peu cultes, et je me forge ma propre opinion.

Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en commençant Mille femmes blanches, ni à quelle époque il se déroulait.

Le titre intriguait bien sûr.

La forme du récit aussi. Un journal intime, celui d’une de ces femmes blanches parties à la rencontre du peuple indien dans l’Amérique du XIXe siècle.

Alors qu’elle croupit dans un asile de fous, enfermée contre son gré par sa famille pour avoir fui avec l’homme qu’elle aimait, May Dodd se voit proposer la liberté contre un pacte sordide validé par le gouvernement américain.

Pour sceller une paix précaire, Grant, le Président des Etats-Unis accepte de céder mille femmes blanches au grand chef Cheyenne Little Wolf, contre mille chevaux.

Conscient de l’immoralité de ce pacte, le programme secret nommé FBI ne recrute que des volontaires, que l’on part chercher jusque dans les asiles et les prisons. Ces femmes seront leur dit-on, le pont entre les deux peuples, entre la civilisation et le monde sauvage des indigènes, grâce aux enfants qu’elles mettront au monde.

On les investit d’une mission, celle de civiliser les sauvages.

May Dodd se porte volontaire, et s’embarque dans une aventure qui fera basculer sa vie.

Femme cultivée, vénérant Shakespeare, elle se retrouve plongée dans un monde où tous ses repères se sont envolés.

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Sans cesse bousculée entre l’émerveillement d’une nature somptueuse et la cruauté des hommes, elle ne sait jamais comment considérer ces indiens. Leurs rites sont parfois barbares, et pourtant leur société est fondée sur l’égalité et la démocratie. La vie au grand air, en communion avec la nature est harmonieuse, et pourtant, la nature guerrière de ces peuples indigènes vient sans cesse assombrir ce qui pourrait être idyllique.

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A travers ses carnets, May nous raconte son quotidien et celui des autres femmes qui se sont, elles-aussi lancées dans cette aventure insensée.

Le lecteur connait ce pan de l’histoire américaine, terrible et sombre. Les massacres et l’asservissement de ces indiens, à grand renfort d’alcool et autres perversions, jusqu’à les parquer dans des réserves où ils dépérissent dans la misère, eux ce peuple nomade condamné à regarder impuissants les blancs piller leurs terres.

Ce livre ne pourrait être qu’un récit de plus pour témoigner du destin sinistre du peuple indien.

20160810_151421Il ne dénonce pas aussi crûment la spoliation des terres indiennes que d’autres ouvrages, comme Dalva (clic), de Jim Harrison. Mais sa force réside dans la montée de la tension, au fil des pages des carnets de May Dodd, où l’on pressent l’inévitable basculement vers la tragédie.

Sans jugement apparent, juste des faits relatés par cette femme qui assiste impuissante et désespérée à l’extermination de ceux qui l’ont adoptée.

Ce livre est tellement poignant qu’on ne peut lâcher ses pages, les dévorant d’une seule traite, emportée par le récit de la vie de May et de ses amies d’infortune confrontées à la sauvagerie des hommes, quelle que soit la couleur de leur peau. Dans cette Amérique du XIXe siècle, ceux qui revendiquent leurs exactions au nom du monde civilisé utilisent le mot civilisation comme un subterfuge pour cacher la noirceur et la cupidité de l’être humain.

Je comprends mieux à présent pourquoi ce livre a tant suscité l’engouement.

Je me suis remémorée notre passage en terre Navajo, (cliquez sur le lien), leur manque d’hospitalité. Tant d’années après la chute de leur tribu, leurs conditions ne se sont pas véritablement améliorées, et ils semblent toujours vivre en marge de la société américaine, observant ces hordes de touristes fouler leurs terres sacrées.

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Leur taxe tribale nous paraissait alors incongrue, mais c’est sans doute tout ce qui leur reste pour tenter de retrouver un ascendant sur ceux qui les ont spoliés.

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Je dois te révéler que, nonobstant l’insistance paternelle, la beauté véritable de la prairie ne réside pas dans l’alignement parfait des labours. Bien au contraire, elle prend forme au-delà des terres cultivées, là où le mot prairie se justifie vraiment : c’est une mer d’herbes sauvages, une créature vivante avec son souffle propre dont les ondulations courent rejoindre l’horizon.

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Mille femmes blanches, de Jim Fergus, (traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre), Le Cherche Midi Editeur.

J'ai lu ce livre sur ma liseuse Kobo, je n'en ai donc pas de photo, mais je vous ai sélectionné quelques photos de notre fabuleux voyage dans le Grand Ouest américain (ici,  Monument Valley, Painted Desert et le Canon de Chelly. Elles sont aussi à retrouver dans les anciens billets :-))

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