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La différence entre un meurtrier et un assasin se trouve dans la préméditation de l'acte.

Martial Kermeur a-t-il prémédité le meurtre d'Antoine Lazenec, lorsqu'il l'a balancé par-dessus bord avec le casier à homard ?

Kermeur est un "client" facile pour le juge d'instruction.

Le jeune juge n'a pas grand chose à faire. 

Les confessions de l'accusé coulent sans effort de cet homme qu'on sait pourtant avare de paroles.

Elles envahissent la pièce et se mêlent à la poussière qui vole dans la lumière traversant les persiennes.

Comme une pluie bretonne, elles ne cessent et s'amplifient.

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Kermeur se livre sans fard, se libère de tout le poids des années de galère, de misère.

Le juge d'instruction se trouve face à un homme qui résume à lui seul le drame social de cette ville de Bretagne.

La fermeture de l'arsenal et le chômage qui bouleverse les existences, le divorce aussi.

Les envies qui s'envolent, la rudesse du quotidien.

Et ce promoteur immobilier véreux qui vient un beau jour faire miroiter monts et merveilles, une vie de tous les possibles, puis enterre définitivement dans le trou béant du projet immobilier abandonné les espoirs de toute la presqu'ile.

Ce roman est rude, rapeux, comme les habitants de ce coin de Bretagne qu'on devine.

Il sent le vent iodé du large, les embruns, le froid, le gris du ciel et de la mer, le désespoir aussi qui pousse au pire.

Et même si l'acte est terrible, cette critique sociale que Kermeur plaide seul à seul avec le juge plonge le lecteur dans le doute, dans l'empathie.

Difficile alors de juger.

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Lorsque la cour d'assise se retire pour délibérer, le président donne lecture de l'instruction suivante :

"Sous réserve de l'exigence de motivation de la décision, la loi ne demande pas compte à chacun des juges et jurés composant la cour d'assises des moyens par lesquels ils se sont convaincus, elle ne leur prescrit pas de règles desquelles ils doivent faire particulièrement dépendre la plénitude et la suffisance d'une preuve ; elle leur prescrit de s'interroger eux-mêmes dans le silence et le recueillement et de chercher, dans la sincérité de leur conscience, quelle impression ont faite, sur leur raison, les preuves rapportées contre l'accusé, et les moyens de sa défense. La loi ne leur fait que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs : " Avez-vous une intime conviction ? ". "

C'est l'article 353 du code de procédure pénale.

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel est paru aux Editions de Minuit et a reçu le Grand Prix RTL et le Prix François Mauriac en 2017.

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Peut-être que la mémoire ce n’est rien d’autre que ça, les bords coupants des images intérieures, je veux dire, pas les images elles-mêmes mais le ballottement déchirant des images à l’intérieur de nous, comme serrées par des chaînes qui les empêchent de se détacher, mais les frottements qui les tendent et les retiennent, ça fait comme un vautour qui vous déchire les chairs, et qu’alors s’il n’y a pas un démon ou un dieu pour vous libérer, le supplice peut durer des année.

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