Les Dames de Kimoto de Sawako Ariyoshi

J'ai découvert récemment la box de lecture KUBE.
J'avais des chèques Culture à épuiser sur le site de mon comité d'entreprise, et l'idée de découvrir chaque mois un livre choisi par un libraire que je ne connais pas était tentante.
Le principe est simple, tous les mois, un libraire partenaire de la box choisit un livre en fonction des goûts littéraires que vous avez exprimés lors de l'inscription à la box. Avant l'envoi, il vous soumet son choix, que vous pouvez refuser une fois. Dans ce cas, le choix suivant est fait sans plus vous consulter. Vous partez donc un peu à l'aventure dans vos lectures, hors de votre zone de confort.
Lors du dernier envoi, j'avais refusé le premier choix, trop sombre à mon goût, c'est donc en totale ignorance de ce que j'allais recevoir que j'ai ouvert la box ce mois-ci.
Le choix du libraire s'était porté sur une autrice japonaise, Sawako Ariyoshi.
Je suis une grande amatrice de littérature japonaise dont j'aime la délicatesse, et cette retenue dans l'expression des émotions qui revèle tant du poids des traditions. Ce choix était plein de promesses et judicieux.
J'ignorais tout de l'autrice, grande romancière japonaise, pourtant connue pour être le Simone de Beauvoir du pays du soleil levant.
C'est donc avec une grande curiosité que j'ai ouvert la première page des Dames de Kimoto, qui nous conte l'histoire de la condition féminine au Japon dans la première moitié du XXe siècle, à travers la vie de trois femmes d'une même famille.

Tout commence avec Hana, riche héritière de la lignée d'une illustre famille provinciale.
C'est une Dame de Kimoto, dont la beauté est louée, tout autant que sa culture qui intimide, les jeunes femmes ayant pu faire des études ne sont pas nombreuses à la fin du XIXe siècle.
Mais la destinée d'une femme est d'être mariée très jeune, à un époux choisi soigneusement par sa famille pour consolider les alliances et préserver les fortunes. Le choix est donc minutieux, en veillant à ce que le futur époux soit l'héritier de la lignée principale, les maisons cadettes étant de moindre valeur.
Hana épouse ainsi Keisaku Matani, d'une riche maison de propriétaires terriens, et jeune maire du village de Musota, à l'avenir politique prometteur.
C'est toute une famille et ses traditions qu'elle épouse. Devenue Madame Keisaku Matani, elle doit s'effacer derrière son mari à qui elle doit obéissance ainsi qu'à ses beaux-parents. Tant que le père du marié est en vie, c'est sa femme, la belle-mère qui règne en maîtresse de la maison qui abrite toute la famille.
Une vie milimétrée, aux traditions précises et contraignantes auxquelles Hana se plie sans état d'âme. Elle a été élevée pour cela, et malgré ses études, n'y trouve là aucune matière à contestation. Elle est née pour se marier et enfanter, tenir une maison, honorer son mari, sa famille et ses ancêtres. C'est l'ordre des choses et de sa vie.
Son élégance et son autorité naturelle impressionne et réjouit sa nouvelle famille. Son mari loue son intelligence et la consulte sur sa politique locale et son évolution dans les échellons de la scène politique régionale puis nationale. Elle est ambitieuse pour lui et son plus bel atout, discrète et représentant le parfait exemple de la femme japonaise modèle.
Toutes ces traditions qui l'ont bercée, elle aimerait les transmettre à sa fille ainée, Fumio, mais la jeune fille est en perpétuelle rebellion contre sa famille, contre le Japon et son archaisme. Tout ce que sa mère vénère, elle l'abhorre et compte bien profiter de sa jeunesse et de l'ouverture au monde qui s'opère dans le Japon des années 20.
C'est un monde d'incompréhension qui sépare la mère et la fille, et le fossé ne se comblera jamais, l'évolution du monde moderne bouleversant les traditions ancestrales.
Hanako, sa petite-fille cherchera elle aussi son identité. Grandissant en expatriation, elle sera tiraillée entre les cultures, entre l'occident et l'orient. Et de retour au Japon, c'est un peu en spectatrice qu'elle se réappropriera les traditions de son pays.
La seconde guerre mondiale viendra bouleverser l'ordre des choses, les hiérarchies.
Ce qui était considéré comme immuable sera à jamais transformé.
Ce livre est touchant, tout comme Hana qui voit son monde se déliter,et qui tente de demeurer une Dame de Kimoto, digne et résignée.
Je ne peux que vous le conseiller. L'écriture est belle, et le récit tellement instructif sur les moeurs japonaises, mais aussi sur ce pan de l'histoire vu sous un angle si différent.
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Depuis plus de vingt ans, sa vie et celle d'Hana ne faisaient qu'un. Mais à présent, elles ne seraient plus jamais unies, pas même dans le tombeau familial. Hana se sentait étroitement liée à sa grand-mère. La conscience que leur destin féminin les rapprochait plus que jamais.
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Les Dames de Kimoto, de Sawako Ariyoshi est disponible en format poche chez Folio.

Dans la box, il y avait aussi, un savon bio parfumé à la rose de chez La Rosée, des bretzels pour grignoter en tournant les pages, un marque-page et une jolie carte à envoyer au libraire ayant sélectionné le livre pour vous, pour le remercier (j'ai gardé la jolie carte et envoyé un email...!)
Cette box est une bonne idée de cadeau pour des amateurs de lecture qui aiment découvrir de nouveaux auteurs.
Noël approchant, je lance des idées !
