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Lorsque les charmants libraires de Chantelivre nous l'avaient présenté, je m'étais dit que ce ne serait pas celui qui m'inspirerait le plus, et je l'avais placé injustement dans les derniers de la liste.

Seulement voilà, dans la Boite à Livres du bureau, on ne choisit pas ceux qui sont disponibles et ce jour-là, après avoir reposé La nuit des Béguines, il ne restait que deux livres se battant en duel au fond de la grande boite noire (c'est dire le succès de cette opération). J'avais déjà lu Article 353 du Code Pénal, Un certain Mr Piekielny me tendait donc ses pages...

A contrecoeur et un peu déçue, je le saisis quand même, et partis en weekend.

Dès les premières pages, je sus que ce livre me plairait, mais je ne me doutais pas que ce serait un vrai coup de coeur !

Avez-vous lu La Promesse de l'Aube, ce chef-d'oeuvre de Romain Gary ?

Si la réponse est oui, vous retrouverez au fil des pages, ce qui vous a tant ému, et l'envie de le relire encore et encore.

Si la réponse est non, vous serez bienheureux car l'univers de Gary s'ouvrira à vous, et vous n'aurez de cesse de découvrir l'histoire telle qu'il la raconte, fort de ce que vous aurez appris dans les pages de Désérable.

Tout commence par un train manqué par l'auteur, reliant Vilnius à Minsk.

Un cas fortuit, une mésaventure, et voilà que dans l'attente du train suivant, les pas de F-H Désérable l'amènent au n° 18 de la rue Jono Basanaviciaus, anciennement n°16 de la rue Grande-Pohulanka.

20180415_181934Photo extraite du livre

" L'écrivain et diplomate français Romain Gary a vécu de 1917 à 1923 dans cette maison qu'il évoque dans son roman La Promesse de l'Aube".  

Soudain, le chapitre VII du roman revient à la mémoire de l'écrivain perdu dans Vilnius :

"Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka à Wilno, habitait Mr Piekielny..."

Il n'en fallait pas plus à un jeune écrivain français, près d'un siècle plus tard, de partir à la recherche d'un Certain Mr Piekielny, et de nous emmener avec lui dans ses recherches.

Sa quête le ramène à Vilnius, il cherche en vain à percer le mystère, mais nulle trace de Mr Piekielny.

A-t-il vraiment existé ? N'est-il pas le fruit des affabulations de Gary dont on sait qu'il travestissait souvent la vérité, embellissant, enjolivant, dramatisant ?

Ne trouvant rien ou presque, Désérable entame alors une conversation littéraire avec Gary, cherchant dans ses livres, dans ses faits de guerre et dans sa vie mondaine quelque réponse à sa quête.

On retourne sur les traces du jeune Roman Kacew, pas encore devenu Romain Gary. 

On retrouve l'amour de sa mère, Mina, qui lui vouait un amour immense et qu'il évoque dans son dernier Apostrophe.

" C'était tout de même, continue Pivot, une mère exceptionnelle. Elle est deveue exceptionnelle répond Gary, parce que la Promesse de l'Aube l'a tirée de l'oubli dans lequel tombent toutes les mères. Il y a des quantités extraordinaires de mères extraordinaires qui se perdent parce que leurs fils n'ont pas pu écrire La Promesse de l'Aube, c'est tout. La nuit des temps est pleine de mères admirables, inconnues, ignorées, entièrement inconscientes de leur grandeur, comme le fut ma mère. Il est vrai qu'elle était exceptionnelle par le panache, par la couleur, par la flamboyance, mais pas par l'amour. Elle était dans le peloton de tête, c'est tout. Les mères, ce n'est jamais bien payé, vous savez. La mienne, au moins, a eu droit à un livre."

20180415_182027Photo extraite du livre

A court d'information, Désérable imagine la vie de Mr Piekielny.

C'est drôle, émouvant.

Son style est vif, enjoué, les chapitres brefs s'enchainent au rythme de ses recherches et de son imaginaire.

Et l'histoire qu'il nous raconte, vraie ou totalement inventée, nous replonge dans l'Histoire, la Grande, celle de ce XXè siècle tourmenté. 

Car Mr Piekielny, comme Gary-Kacew était juif, et que les juifs de Vilnius qui s'appelait alors Wilno, n'ont pas été épargnés par les nazis. 

Mr Piekielny était-il parti dans un des trains pour ne jamais revenir de l'un des camps, ou était-il tombé dans les fosses de la forêt de Ponar, à quelques kilomètres de la rue Grande-Pohulanka, une balle logée dans la tête ?

Toute cette quête, je l'ai suivie passionnément, dévorant ce livre, intriguée jusqu'à la dernière page, mais ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler ne serait-ce qu'une miette d'indice !

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J'ai refermé ses pages laissant à regret le souvenir de la petite souris de Wilno, avec l'envie de lire et relire Gary. 

Dans la course au Prix littéraire Livres en Boite, Un Certain Mr Piekielny figure en bonne position !

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" Pourquoi, songeant à Piekielny, j'entends du violon ? C'est peut-être qu'il en jouait. Les soirs d'hiver à Wilno étaient longs: il fallait bien s'occuper. Il y avait pour cela mille façons et l'une d'elles, pas plus improbable qu'une autre, consistait, à partir d'instruments à cordes, à vent, ou plus rarement à percussion, à produire ce langage universel, cette incompréhensible et néanmoins sublime alchimie sans quoi la vie serait amoindrie. Et quand songeant à Piekielny je tends l'oreille, c'est du violon que j'entends."

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Un certain Mr Piekielny, de François-Henri Désérable, est paru aux Editions Gallimard.

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 Je ne connais pas Vilnius.

Le ville la plus à l'Est que je connaisse est Budapest, et je n'ai pas pu résister à vous montrer ici ce piano d'un autre âge, que j'ai repéré près du Ghetto. Un écho lointain au destin de Mr Piekielny.