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A des milliers de kilomètres de la Silicon Valley, nos nouveaux bureaux d’Issy-les-Moulineaux s’inspirent des nouvelles façons de vivre le monde du travail venues de Californie (et oui, je ne peux pas m’empêcher d’y revenir, d’une manière ou d’une autre !), mais avec un petit côté franchouillard qui rajoute à la convivialité.

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Une « place du village » a été créée. De grands canapés et fauteuils en cuir caramel, un immense tapis moelleux, une table basse, des bouquets de fleurs çà et là, le baby-foot où l’on fait des parties joyeuses, une cuisine comme à la maison ou presque, et de grandes tablées où on se retrouve pour déjeuner et échanger.

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Sans parler de la terrasse où il fait bon prendre l’air et manger ou prendre un café au soleil. Ce n’est pas grand-chose, et pourtant cela a transformé notre quotidien.

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Le bureau parait moins austère, l’ambiance s’est allégée, on se croise, on se parle, finis les grands open spaces bruyants et impersonnels, censés faciliter la communication, mais qui anéantissaient toute forme de civilité.

Et c’est justement lors d’un de ces déjeuners, juste après l’élection présidentielle, qu’une discussion passionnante s’est entamée avec ma DRH sur la revalorisation du SMIC.

On aurait pu croire qu’elle serait offusquée par cette idée… et pas du tout, bien au contraire !

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 Les travailleurs pauvres, qui ne peuvent joindre les deux bouts, se nourrir convenablement, et tout simplement avoir un toit, sont une réalité révoltante.

Ne pas pouvoir vivre décemment de son travail, nous parait inimaginable et pourtant…

Plus d’un million de travailleurs en France vivent en-dessous du seuil de pauvreté.

Parmi les raisons de ce phénomène, la crise économique arrive en tête bien sûr, et corrélativement (ou pas) on pointe du doigt aussi les emplois à temps partiel, et depuis quelque temps, le fractionnement de l’emploi.

On a beaucoup parlé des « Slashers », ces personnes qui conjuguent plusieurs emplois et qu’on présente souvent comme les néo-travailleurs, vantant les mérites de cette nouvelle forme de travail.

Généralement, les exemples donnés montrent l’épanouissement de ces travailleurs du XXIe siècle, qui ont su laisser libre cours à leurs envies et à leur créativité, en prenant le risque d’inventer une nouvelle façon de gagner leur vie. Ils sont plein d’énergie et font envie ces trentenaires épanouis. Avec leur agilité à s’adapter aux mutations du monde du travail, aux mutations du monde tout simplement, ils ont le talent de dessiner une cartographie du changement.

C’est tentant, inspirant, mais de quoi est fait le quotidien des slashers ? Quelle est la face plus sombre ?

Ils ont gagné leur liberté et sont leur propre maître, ils sont devenus le modèle d’un nouvel univers professionnel en pleine mutation auquel ils adhèrent et dans lequel ils se meuvent avec aisance, tout en avouant franchement les difficultés qu’ils affrontent ou ont pu affronter.

A côté de ces réussites médiatisées, comment qualifier ces gens qui courent après les petits boulots ?

Toute cette armée de livreurs à vélos qui quadrillent la capitale et nos grandes villes pour livrer des repas à toute heure du jour et de la nuit, ressemble plus à ces journaliers du XIXe siècle qui parcouraient les chemins en quête d’un emploi, qu’à des slashers heureux.

Il me semble qu’on a régressé, et que les conditions de travail de toute une partie de la population se sont gravement dégradées.

Une véritable fracture, entre nous autres, travailleurs traditionnels bénéficiant, si ce n’est d’une stabilité et sécurité de l’emploi, d’avantages et d’un emploi, d’un seul, et ces travailleurs qui sont dans l’incertitude permanente, intermittents involontaires d’un monde du travail qui s’est considérablement transformé.

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Alors qu’en France les caisses automatiques se développent à vue d’œil, j’ai été frappée l’été dernier, aux Etats-Unis, par la multitude d’employés dans les supermarchés. Systématiquement deux personnes à chaque caisse, l’une qui passe les articles et encaisse, l’autre qui met les victuailles dans des sacs en plastique en les multipliant (et multipliant ainsi les déchets, mais c'est un autre sujet).

Ceci vaut-il mieux que le chômage ? Etait-ce suffisant pour vivre ? J’ai appris que souvent ces personnes accumulaient ces petits boulots pour pouvoir s’en sortir. Un puzzle de travail…

Tout le paradoxe de nos temps modernes saute aux yeux. Que vaut-il mieux pour la société ? Des chômeurs désœuvrés, démotivés, à qui on ne propose rien et dont la vie est devenue sans but, ou des multiplieurs de petits boulots qui parviennent à peine à s’en sortir, et travaillent bien loin des acquis sociaux du XXe siècle ?

Lors d’un séminaire de mon entreprise, fin 2016, Monsieur Jean-Paul Delevoye (qu’on a beaucoup vu ces derniers temps) nous avait tous passionnés en nous ouvrant les yeux sur les mutations sociétales profondes qui s’opéraient depuis des années, et qui entrainaient une mutation du monde du travail. D’un système tout en verticalité, remontant à la nuit des temps, avec une hiérarchie omniprésente et imposante, la sphère du travail était en train d’évoluer vers une horizontalité, où la hiérarchie s’effaçait un peu plus et où le collectif s’enrichissait des actions de l’individu, et avançait en meilleure harmonie, chacun trouvant sa juste place.

Une révolution s'opère à pas feutrés, imperceptiblement nos environnements professionnels changent, mais sommes-nous prêts ?

Les économistes prévoient un monde du travail de demain où l’employé devra être multiple, adaptable, mobile, en perpétuelle formation, évolution pour faire face et s’adapter à l’intelligence du monde. Certains pensent même que le travail ne sera plus…

Que conseiller à nos enfants alors ? Casse-tête insoluble de l’orientation. Ce qui marche aujourd’hui sera-t-il encore valable lorsqu’ils termineront leurs études et se lanceront sur le marché du travail ?

Nul ne le sait et moi encore moins…

Je leur conseille de privilégier des formations qui leur permettent d’exercer partout dans le monde. Des métiers sans frontière, que vous soyez à Hong-Kong, New York, New Dehli ou Paris, peu importera.

L’emploi de demain sera protéiforme, et ils devront se réinventer sûrement plusieurs fois au cours de leur vie professionnelle. C’est vertigineux et inquiétant pour moi qui connais un parcours professionnel sans faille, et pourtant ce sera sans doute très stimulant, si tant est que vous parveniez à faire (presque) toujours ce qui vous attire et que vous puissiez en vivre décemment.

Attendons désormais de voir ce que notre nouveau Président de la République va mettre en œuvre pour redresser l’économie de notre pays. Laissons-lui ses chances, il porte pour le moment nos espérances.

A nous aussi de nous réinventer, de nous motiver pour faire bouger les choses à notre échelle.

Et vous, quelle vision du monde du travail avez-vous, comment l’envisagez-vous ?

Peigneuse de girafe

Carte postale de PLONK et REPLONK