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Fouttez-vous la paix !

Enfin un philosophe pas vraiment sage !

Enfin un sage dont les déclarations impertinentes détonnent un peu et mettent du baume au cœur en nous décomplexant.

Je ne parle que pour moi, évidemment, mais il semblerait, au vu du nombre d’articles de presse que j’ai vu passer sur lui, que je ne sois pas la seule à penser cela.

Je veux parler de la petite révolution que provoque le livre de Fabrice Midal, au nom évocateur et drôle : «Foutez-vous la paix ! »

Après ces dernières années où nous avons été littéralement inondés d’incitations au changement, où sortir de sa zone de confort devenait presque une injonction qui, si vous ne la respectiez pas, où n’y parveniez-pas, vous classait insidieusement dans la catégorie des losers, des indécis, de ceux qui ne savent pas vivre leur vie.

Après des années de bienveillance sirupeuse et envahissante, qui perdait tout son sens tant elle était omniprésente et idéaliste à outrance.

Après des années où la méditation était devenue la règle de vie absolue (attention, je ne dis pas que méditer ne sert à rien !), à vous faire culpabiliser si vous n’y parveniez pas, si vous ne trouviez pas le temps dans un emploi du temps déjà surchargé.

Et voilà que Fabrice Midal, preux chevalier des gens normaux, vient à notre secours et nous rassure.

Rien ne sert de culpabiliser, mais s'autoriser à être soi-même, pleinement, avec ses défauts et ses qualités.

Il pointe du doigt, et c’est ce qui m’a plu, l’obsession de la performance jusque dans ce qui devrait être une non-performance, et qui finit par produire le contraire du bien-être, un malaise, la sensation désagréable et légèrement déprimante de ne pas arriver à ce qui semble pourtant si simple selon les « sages ».

Pourquoi devrions-nous ajouter des contraintes supplémentaires à une vie qui en est déjà envahie ?

Quand je lis que certains se lèvent à 5 heures du matin pour s’accorder leur petite heure de méditation, vantant les bienfaits du Miracle Morning, je reste perplexe devant cette torture qui ne dit pas son nom. Ils bossent ces gens-là ? Ils ont des responsabilités, des réunions à assurer, des enfants à élever ?

Et si cette quête absolue de bien-être à tout prix, avec ses dogmes et ses injonctions au bonheur souvent simplistes, n’était pas devenue une dictature du bien-être, un brin utopiste ?

D’où le conseil de Fabrice Midal : « Foutez-vous la paix ! »

Arrêtez de vouloir absolument rentrer dans la case merveilleuse de la sagesse menant au bien-être, sans accroc, en portant sur le monde et les autres un regard doux et bienveillant, sans l’ombre d’une critique, n’est pas moine bouddhiste qui veut !

Non, en finir avec les résolutions mielleuses, avec ce conformisme de la bonne pensée qui voudrait annihiler toute forme d’esprit critique et ne garder que nos qualités, sans tenir compte de nos contraintes de la vie de tous les jours, pourtant bien réelles.

Ce n’est pas nous, enfin pas moi …

Je vous livre ici mon interprétation totalement libre du « Foutez-vous la paix ! » , qui dérive du message de l'auteur mais il ne m'en voudra pas je l'espère  :

La séance de méditation s’est transformée en une revue de la liste des courses ? Pas grave !

La prochaine fois j’y arriverai peut-être…ou pas, ou la liste des courses sera moins longue !

Vous n’arrivez pas à porter un regard bienveillant sur l’emmerdeur du bureau d’à côté et rompez en réunion le pacte de non-agression que vous aviez signé, unilatéralement d’ailleurs dans un moment de grande mansuétude envers l’espère humaine (alors que l’emmerdeur en question, lui, n’avait rien signé du tout !). Encore une fois, pas grave !

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Et si pousser une gueulante sur un con qui ne vous respecte pas était une forme de lâcher-prise ?  Non ? Ça n’est pas homologué dans le code du bien-être et de la bienveillance ?

Tant pis, je reste hors la loi !

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Et si vous restiez indifférent aux jérémiades de certains, si vous cessiez de les écouter s’écouter ? Pas grave ! Comme ils n’écoutent qu’eux, ils n’auront même pas remarqué votre absence intellectuelle, votre mise en mode « veille activée » !

Et si vous affirmiez sans avoir l’impression de manquer de courage, que non, le « syndrome de la chambre d’hôtes » comme l’appelle si joliment ma nièce Aude, ce n’est pas pour vous, pas pour tout de suite, peut-être pour jamais, et que le changement ce n’est pas pour l’instant, tout va bien merci ?

Est-ce si grave ?

Avoir l’honnêteté de dire et de reconnaître que ce n’est pas fait pour vous, que vous avez envie de ne pas avoir envie de vous lancer dans des projets risqués, voire irréalistes ou irréalisables.

Etre honnête avec soi-même, n’est pas cela le plus important ?

J’admire beaucoup ceux qui ont réussi les transitions et s’épanouissent dans cette nouvelle vie. Le Manoir d’Astrée ou le Blanc Mûrier (de mes cousins Myriam et Pierre) en sont de beaux exemples (un séjour dans ces deux chambres d’hôtes est un pur moment de bien-être chaleureusement conseillé).

J’admire les passionnés qui attendent le moment propice pour se lancer et vivre pleinement ce à quoi ils aspiraient depuis toujours. Je vous invite à découvrir le blog de Sylvie, Enfin Moi, qui en est une merveilleuse illustration.

J’admire peut-être encore plus ceux qui ont la franchise d’avouer que c’est loin d’être facile ce renoncement à la vie d’avant, cette perte de statut social bien établi, ce temps qui soudain devient infini alors que vous courriez après, créant un vertige, un flottement, une vie entre deux eaux. Ils sont contents d’avoir sauté le pas, mais indécis toujours.

Etre sans repère, sans place bien définie dans la société n’est pas chose aisée, et peu de ceux qui se sont lancés de leur plein gré, mais le plus souvent contraints et forcés par les accidents de parcours professionnels ou personnels, oseront l’avouer.

Ce n’est pas pour autant qu’ils ont eu tort, loin de là mon propos. Ce qui paraît être un choix courageux ou présenté comme tel, n’est souvent qu’une décision pour éviter le pire.

Aussi, faire du changement, de la prise de risque à tout prix un idéal de vie que chacun devrait s’imposer n’est-il pas un dogme un peu trop intrusif et simpliste, voire dangereux ?

A chacun son tempo, sa façon d’intégrer l’évolution du monde et sa perception de ce qui est bon pour soi, à un moment donné.

Alors « Foutez-vous la paix », est une chouette résolution.

Retrouvons notre impertinence, notre indépendance et notre liberté de pensée,

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Et n’ayons pas honte de déclarer aussi : « Foutez-nous la paix ! ».