Une nuit à Tropic

Nous nous étions retrouvés hors du temps lors de notre soirée à Tropic.

Le farniente des vacances, la nonchalance des serveuses, la douce tranquilité de ce coin perdu des Etats-Unis, tout avait contribué à accentuer la déconnexion totale dans laquelle nous avions plongé délicieusement depuis le début de notre périple.

Dans ces montagnes de l'Utah, les dossiers étaient remisés très loin dans ma tête, et l'unique préoccupation était de regarder les étoiles et de  préparer l'étape du lendemain, d'attiser la curiosité de ma troupe de globetrotters, car au matin nous irions découvrir un autre phénomène géologique dont on m'avait tant parlé : Bryce Canyon.

Le cerf de l'auberge

Levés tôt ce matin-là, nous étions un peu fatigués par la route de la veille, et les kilomètres commençaient à peser un peu sur l'énergie de la famille. La douceur du petit-déjeuner, les gâteaux savoureux et pour la première fois depuis des jours, une tasse de breakfast tea digne de ce nom, nous retenaient dans la tiédeur de la petite salle cosy de l'auberge alors qu'il faisait encore frais dehors.

Il a fallu nous motiver un peu pour partir, mais je savais qu'il fallait nous hâter, car la masse des touristes affluerait inexorablement en milieu de matinée, et je voulais profiter du canyon sans trop de monde.

Biches

Les biches étaient matinales comme nous, et peu farouches sur le bord de la route.

Biches 2

Les rangers étaient là en nombre, pour guider les voitures et les touristes. L'organisation à l'américaine, huilée et souriante.

Bryce Canyon

Après une centaine de mètres à pied, s'arrêter net, incrédules devant ce paysage.

Forêt de hoodoos

Il est des endroits comme ça, qui vous transportent dans un autre monde, une autre réalité.

Hoodoo

Comment décrire Bryce Canyon et ses Hoodoos ?

Insolite, incroyable, fascinant.

Têtes de hoodoos

Un artiste géant a façonné d'immenses cheminées de pierre.

Comme ces sculptures de sable mouillé que je faisais enfant sur la plage  normande...mais à taille démesurée !

L'amphithéâtre

Une forêt minérale.

Dans les pins

Une armée de drôles de personnages immobiles qui se sont rassemblés là.

les hoodoos vus d'en bas

Le chemin de randonnée était abrupt et sommaire, et parfois, la sensation du vide happait les promeneurs pris de vertige.

Le chemin vertigineux

Descendre à travers les hoodoos,

Le chemin

admirer la capacité de la nature à s'adapter à son environnement,

Hoodoo et arbre

des arbres poussant ça et là entre les pierres, s'élançant vers la lumière.

arbre contre hoodoo

La palette des couleurs était à la fois douce et vive, variant selon l'exposition au soleil.

L'étendue du canyon

Passant du gris à l'ocre,

Symphonie d'ocres

Presques roses

Du blanc contrastant avec le bleu azur du ciel d'été,

un coin de ciel bleu

Le vert de la forêt tapissant le fond du canyon.

La forêt du fond du canyon

Nous avions la sensation d'avoir rétréci au pied de ces figures de pierre,

arbres et hoodoos

contemplant un brin fatigués la longue piste qui remontait en lacets vers le rim trail, serpentant entre les hoodoos.

dans le vide

L'ascension fut lente et fatigante sous le soleil qui chauffait en fin de matinée.

Et le monde commençait à affluer transformant ce lieu si magique en un fourmillière géante pour touristes.

contrastes de couleurs

Nous avons repris la voiture pour aller jusqu'à l'extrêmité du canyon, quelques 15 kms plus loin, là où il y aurait nettement moins de monde nous avait-on dit.

ocres rouges

Et là, tomber nez à nez sur nos voisins de palier ! Le monde est tout petit, ça se confirme !

L'arche perdue

Laissant nos voisins à la suite de leur périple et les cars de touristes prendre possession des lieux, nous sommes partis en direction du Lake Powell, pour de nouvelles découvertes et sensations.

Traversant le Kane County, terres d'élevages verdoyantes et montagneuses, tellement reposantes après les déserts, nous nous sommes arrêtés à Kanab, la petite Hollywood, où de nombreux westerns ont été tournés à partir des années 40. Une ville qui a l'air un peu en carton-pâte, jolie et arborée, où il plane un air de nostalgie.

La Metro Goldwyn Mayer y avait installé des studios pour faciliter les tournages. Plus d'activité cinématographique désormais, mais un musée et un culte du western bien apparent, il a même un festival Western Legends tous les ans à la fin du mois d'août si cela vous tente ! 

La faim nous tiraillant, nous sommes rentrés par hasard au Houston's Trail's End, sans nous douter qu'il s'agissait un peu d'une institution à Kanab. Un diner traditionnel, banquettes en skaï, tables en formica, serveuses mâchant leur chewing-gum et compliquant significativement la compréhension ! Au menu : burgers, tacos, chilis, salades géantes dans des tortillas. La gastronomie n'était pas au rendez-vous, mais les plats étaient bons et nous avions faim !

Il ne nous restait qu'une petite centaine de kilomètres avant d'arriver sur les rives du Lake Powell, à Page.

Quittant la verdure du Kane County,

un peu d'ombre

nous retrouvions les étendues désertiques, le lac apparaissant au loin tel un mirage. Immense étendue d'eau formée par le barrage du Glen Canyon sur le Colorado. Des marinas ont poussé sur les rives, et nous comprenions enfin où allaient tous ces énormes hors-bord tractés par de tout aussi énormes 4x4...

Lake Powell

Une autre dimension de la démesure américaine et des contrastes toujours aussi saisisants. Passant d'espaces désertiques et isolés, seuls au monde, coupés de toute civilisation, vous vous retrouvez au milieu d'un flux de voitures et de bateaux, de jet-skis, loin de la nature sauvage... Et le retour à cette modernité n'était pas des plus heureux : l'inutilité, la futilité et la pollution de ces engins vous sautaient aux yeux !