Entre deux récits de mon fabuleux voyage, je voulais vous parler d'un livre.

Jim Harrison

Faire une pause de peur de vous lasser, et me laisser savourer le temps de replonger dans mes photos et vous concocter les étapes suivantes.

Ce roman de Jim Harrison, je voulais lire depuis longtemps.

Sur les conseils de Sandrine qui me parlait souvent de cet auteur quand nous travaillions ensemble.

Lors d’une expo, au mois de juillet, juste avant de partir aux USA, elle m’en avait reparlé, comme une préparation à notre voyage à venir dans le Grand Ouest américain.

Le temps avait passé, trop vite, et je n’ai ouvert ses pages qu’à mon retour de vacances.

Je crois que j’ai bien fait, car cette lecture m’a transportée de nouveau dans les grands espaces que j’ai tant aimés. Je pouvais mettre des paysages sur ce que je lisais.

Dalva commence à Santa Monica, comme notre périple américain.

Dès les premières pages, au fil des descriptions de la ville, de l’Océan Pacifique, je me suis retrouvée là-bas.

Dalva a la quarantaine passée.

C’est une femme libre.

Cette liberté, peut-être la doit-elle à sa fortune, héritée d’une famille de riches propriétaires terriens du Nebraska, et d’un arrière-grand-père missionnaire excentrique.

Ou peut-être est-ce le sang des Sioux qui coule un peu dans ses veines.

Elle traverse son existence plus qu’elle ne la vit, toujours en quête.

A la recherche de son fils abandonné à la naissance, né de son amour éperdu pour un indien, alors qu’elle n’était qu’une adolescente.

A un tournant sentimental de sa vie, Dalva décide de revenir au Nebraska, dans la maison familiale, renouer avec ses ancêtres et ses racines.

Accompagnée par Mickaël, un universitaire alcoolique à la dérive qui doit publier une étude sur son aïeul, le riche J.W. Northridge, s’il veut conserver sa chaire et sa réputation, elle retourne habiter dans la maison de son grand-père vénéré.

Tout au long de l’étude du journal par Mickaël, le lecteur découvre la conquête de l’Ouest décrite par le pasteur Northridge, proche des Sioux qu’il tente de protéger contre le dépouillement de leurs terres, et qui ne peut qu’assister impuissant au désastre.

Au fil des pages, l’aller-retour entre les siècles dévoile l’envers de l’Histoire. La destruction lente et inexorable des tribus indigènes, ravagées par la famine entrainée par la destruction des bisons et le déplacement vers des terres plus arides, par les maladies apportées par l’homme blanc. Plus tard, ce sera l’alcoolisme.

Dalva compose avec ce passé qui est aussi le sien, entre son sang mêlé, sa fortune qui impose le respect, voire la crainte, et sa communion permanente avec la nature, son héritage indien.

Chez Jim Harrison, chaque description est une déclaration d’amour aux grands espaces de son pays.

Des déserts de l’Arizona aux grandes plaines du Nebraska.

Des villes qui se dépeuplent et qui ressemblent tant à toutes celles que nous avons traversées, à la frénésie de la côte californienne qui nous a exaltés.

Dalva, c’est aussi un hymne à la nature humaine, à sa fragilité et ses faiblesses qui appellent l’indulgence, si ce n’est la compréhension.

Cette femme moderne et libre est l’incarnation de la bienveillance qui ne dirait pas son nom.

Elle émeut et je me suis surprise à admirer sa liberté, cette façon de ne pas être entravée par le poids des attaches familiales, tout en ne les reniant pas.

Dalva sait les tenir ou les lâcher, comme les rennes de son cheval.