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J'ai choisi le titre de ce film magnifique de Zabou Breitman (merveilleuse Isabelle Carré dans le rôle de Claire), pour vous parler d'un sujet compliqué.

Un sujet douloureux pour qui a traversé ce désert là.

En novembre dernier, l'Assemblée Nationale a voté l'amendement 20 ter à la loi sur la Santé. En modifiant le code du travail, cet amendement permet aux femmes et à leurs conjoints qui ont entamé un parcours AMP de bénéficier d'absences autorisées pour les actes médicaux nécessaires, leur permettant ainsi de concilier leurs emplois du temps professionnels avec les protocoles médicaux lourds qui jalonnent le parcours du combattant qu'est l'AMP. 

L'AMP, l'aide médicale à la procréation, cette avancée majeure de notre médecine dans la lutte contre la stérilité.

Quand un couple s'engage sur ce chemin, il sait vaguement que ce sera long et douloureux, que l'issue est incertaine, mais c'est rempli d'espoir qu'il franchit les premières étapes.

Les examens sont longs, désagréables, et ce sentiment qui vous assaille, qu'il a manqué une pièce au mode d'emploi de votre fabrication, cette injustice terrible quand tout semble si facile pour d'autres.

Il faut absorber des médicaments qui vous chamboulent, se faire injecter des doses de produits qui vous font ressembler à une junkie au point de cacher ses bras couverts d'hématomes et de petits points laissés par les seringues.

Se retrouver gonflée comme une baudruche par l'ultra-stimulation.

Courir entre le laboratoire d'analyse pour les prises de sang à répétition, puis au centre d'échographie pour vérifier que tout est en ordre de bataille, pour enfin passer sur le billard pour la ponction d'ovocytes, puis la transplantation des embryons, et l'attente...

C'est cela le parcours AMP.

On jongle entre les rendez-vous médicaux, le boulot, on essaie de cloisonner entre les deux, de ne pas trop y penser, mais cette attente là tourne souvent à l'obsession, impossible de vivre autre chose, cet investissement est tellement lourd, qu'il plombe votre quotidien d'une chape de plomb que les bonnes fées n'arrivent pas à contourner.

Un long chemin de croix, avec la plupart du temps, l'espoir qui s'écroule après toutes ces semaines d'efforts.

Pour moi, ce chemin a duré 5 longues années.

Et au moment où nous allions abandonner, décidés à entamer l'autre parcours du combattant qu'est l'adoption, j'ai quand même voulu tenter ma dernière chance.

Une intuition ? La petite flamme de l'espoir qui ne s'était pas éteinte et qui éclairait de nouveau mon chemin ?

Je me souviens d'avoir voulu vivre totalement, en pleine conscience, ces moments-là, même s'ils étaient toujours aussi pénibles, car je savais que ce serait la dernière fois.

Plein de beaux souvenirs ; être capable de se souvenir des belles choses malgré tout...

La gentillesse de l'infirmière qui me faisait les piqûres, ses mots réconfortants, encourageants.

Un diner en amoureux dans l'Orient Express, délicieux, en admirant les panneaux Lalique qui décoraient le wagon.

Une course de kart avec la bande de copains, façon Grand Prix de Formule 1,  la semaine avant la transplantation des embryons.

Et ce jour J, le 20 février 2002, lorsque le labo vous appelle en vous annonçant que les deux embryons qu'ils ont décongelés sont bien vifs !

Quand vous n'êtes pas dans ce monde-là, tout doit sembler absurde, improbable, mais quand votre vie ne tourne plus qu'autour de cette attente, on voit dans ces phrases un signe du destin.

Je me souviens d'avoir été d'une intransigeance ferme avec le médecin qui a fait la transplantation des embryons. Ce n'était pas mon médecin habituel, et il ne voulait pas me signer un arrêt de travail alors que nous nous étions mis d'accord pour que je me repose le plus possible, en travaillant de la maison.

Je crois que ce 20 février 2002, rien ne pouvait m'arrêter, j'étais une machine de guerre, une louve, comme la mère de Romulus et Rémus, encore un autre signe !

Etait-ce un sixième sens ?

Deux longues semaines plus tard, le 6 mars 2002, le taux de Beta HCG était élevé et confirmait la grossesse.

Trois semaines plus tard, le 13 mars 2002, le taux avait été multiplié par 1000 ! Tous les espoirs étaient désormais permis !

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Et la semaine d'après, à la première échographie, deux tout petits coeurs battaient la chamade, nichés bien au chaud au fond de moi.

Echo

Les miracles de la science, mes bébés éprouvettes, s'appellent Héloïse et Quentin.

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Alors aujourd'hui, 14 ans jour pour jour après ce long parcours parsemé d'embuches et de larmes, je suis heureuse pour ces couples qui vont pouvoir vivre ces épreuves avec au moins cette pression en moins, et je suis fière de nos législateurs qui ont modifié le code du travail pour tenir compte de leurs souffrances et les alléger.

Avoir la chance de vivre en France, c'est cela aussi.

Et pour ceux et celles que cela intéresse, je vous conseille d'aller sur le site de BAMP !

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