Sepulveda 2Je ne suis jamais allée en Amérique du Sud.

Cela fait partie de ces envies de voyage pour lesquelles on doute qu'elles seront un jour assouvies. Il y a tant de destinations à découvrir, de lieux qu'on aimerait tant revoir... Le choix, comme toujours, est difficile.

Et ces lieux qui me tentent, me font aussi douter sur ma réelle envie de les visiter tant ils semblent lointains, différents, dangereux, étranges...

Alors je les apprivoise dans les livres, je voyage au fil des pages, comme dans le Neveu d'Amérique.

Mon dernier périple littéraire, je l'ai vécu à travers les lignes que Luis Sepulveda a tracées pour relater le voyage de Luis à travers le continent sud-américain, des geôles chiliennes du temps de Pinochet, aux confins de la Patagonie, en passant par la forêt amazonienne.

Luis est un opposant au régime de Pinochet. Il a été nourri aux idées révolutionnaires par son grand-père, un émigré espagnol ayant fui l'Espagne de Franco.

Peu avant sa mort, il lui fait promettre d'aller à Martos, le village andalou de son enfance.

Le voyage vers l'Espagne ne sera pas direct.

Luis est journaliste. Il a réussi à fuir le Chili pour l'Europe. Sans attache, il parcourt l'Amérique du Sud, sans illusion, observant les hommes au gré de ses reportages, leurs horreurs, le meilleur d'eux aussi, comme ces amis qu'il retrouve de loin en loin.

Chaque étape du voyage emmène le lecteur dans des contrées qui paraissent bien austères, dures, inhospitalières, révèlant la nature humaine dans ses travers les plus minables. Mais à chaque étape, on rencontre de drôles de personnalités, une communauté qui partout est libre de ses paroles et de ses actes, malgré l'oppression.

Des gens au parcours chaotique, comme l'histoire de ce continent.

Un roman attachant jusqu'au bout, jusqu'à l'Espagne...

Sepulveda

Le Neveu d'Amérique (titre original Patagonia Express)  de Luis Sepulveda, aux Editions Points et Editions Métailié.

Ce soir-là nous passâmes très tôt à table. Je constatais que le Chilote était effectivement un bon cuisinier et ques ses panqueques étaient incomparables. Nous parlâmes de nos vies. Je pouvais revenir au Chili, mais je restais en Europe. Ils pouvaient revenir à Buenos Aires mais ils restaient en Patagonie. Cette conversation avec mes amis me confirma une fois de plus qu'on est de là où l'on se sent le mieux.

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Le vieux me regarda de ses petits yeux malicieux et lança une de ses phrases sans appel.

- Nul ne doit avoir honte d'être heureux.

Pineapple