La grande marée

Ca y est, enfin les marées deviennent plus grandes. Les bouées du chenal sont plus nombreuses à s'échouer. Un jour enfin, la dernière bouée, le gros cône jaune qui nous paraît si loin à marée haute se couche tranquillement sur le sable humide.

Alors le signal est lancé pour la pêche aux couteaux.

On se prépare joyeusement : méduses aux pieds, sac de sel emprunté aux mamans avec ou sans leur autorisation, et petit seau en plastique bleu, jaune, vert ou rouge selon l'année...

C'est très simple : repérer un petit trou dans le sable mouillé. Là se cache l'animal, bien au frais il attend patiemment que la mer remonte sans se douter qu'une horde de petits cousins se prépare pour le rituel de la pêche aux couteaux !

Pour les plus petits, c'est une pêche initiatique : la découverte de l'immensité de la plage, la maison si loin, un parfum de liberté et le sentiment de grandir.

Une fois le petit trou repéré, il suffit d'y verser un filet de sel et d'attendre.

Un phénomène incroyable se produit. Du petit trou remonte des bulles. Tout le monde s'excite, on chuchote, on se tient prêt.

Tout à coup, surgit un drôle de coquillage qui semble jaillir du sable. Une bestiole tout en longueur, franchement moche qu'il faut saisir à peine sortie du trou.

Etrange marée pour un coquillage que de se retrouver au fond d'un seau de plastique rouge, jaune, vert ou bleu, entouré de gamins déchaînés par l'événement.

Le même sort frappe des dizaines de pauvres couteaux partout sur la plage, le paquet de sel de maman se déverse en flux continu dans tous les trous alentour, on n'a même plus le temps d'attraper les couteaux qui, une fois le subterfuge salin découvert, retournent bien vite au fond de leur puits de sable, attendre la marée, la vraie.

Puis la mer remonte, on ne s'en est pas aperçu, mais la plage diminue, il est temps de rentrer.

Alignement de piquetsNB partiel

Alors, consciencieusement, on rejette les couteaux un à un à la mer, sous l'oeil réprobateur des vrais pêcheurs, ceux qui font revenir à la poêle ces bestioles caoutchouteuses. Quelle drôle d'idée...

Les coquillages flous