Otsuka

Julie Otsuka est américaine et japonaise.

When the Emperor was divine, son premier roman paru en 2002, est le récit bouleversant et dérangeant sur le sort des familles japonaises résidant aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre Mondiale.

San Francisco, 1942.

Un petit garçon de 10 ans, dont on ignore le prénom, nous raconte avec la simplicité de ses pensées et mots d'enfant, le long cauchemar de son enfermement avec sa mère et sa grande soeur dans un camp "d'évacuation" des ressortissants d'origine japonaise de 1942 jusqu'à la fin de la guerre.

Dès les premières pages, alors que rien n'est dit sur ce qui se passe vraiment, dans l'urgence des préparatifs d'un départ qu'il ne comprend pas, on sait que sa vie va basculer. Cette valise qu'il ne doit pas alourdir du superflu, et qui le contraint à laisser derrière lui les objets qu'il aimait, marque le début d'un long cauchemar.

Ce train qui l'emmène loin de l'Océan Pacifique, au terme d'un périple éprouvant, vers un désert inhospitalier, brulant l'été, glacial l'hiver.

Ces nouvelles de son père qu'il ne reçoit qu'avec parcimonie, et dont les lettres sont tellement censurées qu'elles en perdent leur sens, plongeant l'enfant et sa famille dans la peur et la tristesse.

Les conditions sommaires de détention, cette incertitude sur leur sort, la durée de leur internement, ce qu'ils deviendront après la guerre ; nous vivons son quotidien fait d'ennui mêlé d'appréhension. Le temps semble s'être figé à l'intérieur des barbelés.

L'attente commence, celle d'être enfin libres et réunis.

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Ce tout petit livre est formidablement bien écrit car il nous fait vivre au rythme de cet enfant, éprouver ses sentiments et particulièrement son incompréhension d'être devenu soudain un étranger, lui qui ne connait rien d'autre que l'Amérique. Mais jamais une plainte, jamais de mélodrame, ce garçon est un observateur calme et passif du chaos qui l'entoure.

On découvre peu à peu ce qu'a pu être le sort de ces milliers de japonais, citoyens respectables et respectueux du pays qui les avait accueillis et qui se retrouvent brutalement traités en paria.

Après la guerre racontée depuis le Japon dans le Poids des Secrets, ce livre m'a révélé une autre facette de la Seconde Guerre Mondiale pour les japonais.

Chaque semaine, ils entendaient circuler de nouvelles rumeurs.
On allait mettre les hommes et les femmes dans des camps séparés. On allait les stériliser. On allait leur retirer leur citoyenneté américaine. On allait les emmener en haute mer pour les exécuter. On allait les envoyer sur une île déserte et les y abandonner. On allait tous les déporter au Japon. On ne les autoriserait jamais à quitter l'Amérique. On allait les garder en otages tant que tous les prisonniers de guerre américains jusqu'au dernier ne seraient pas rentrés sains et saufs au pays. On allait les confier à la garde des Chinois dès que la guerre serait terminée.
« On vous a amenés ici pour votre propre protection » leur avait-on assuré.
C'était dans l'intérêt de la sûreté nationale.
C'était une question de nécessité militaire.
C'était pour eux l'occasion de prouver leur loyalisme.

When the emperor was divine, de Julie Otsuka, Ed Anchor Books,  est paru sous le titre Quand l'Empereur était un dieu aux éditions 10-18 en français.

Pivoine 1