L’Automne est enfin arrivé, nous enveloppant dans le vent et la pluie.

La saison idéale pour commencer l’ascension de la montagne de livres qui a envahi les rayons des librairies depuis la rentrée, le temps des prix littéraires étant déjà de retour.

Dans la continuité de mes lectures estivales, j’ai découvert trois livres, à la frontière des romans policiers sans en être vraiment, les narrateurs n’étant ni inspecteurs, ni juges, mais les acteurs des drames.

Trois livres, deux mortes et une disparue…

C’est dans les rayons de la médiathèque du Chesnay que je suis allée chercher Shangrila, de Malcom Knox.

Un retour dans les années 60 et 70 en Australie, dans le Queensland, paradis ensoleillé du surf, et royaume de DK, 58 ans, surfeur mythique, devenu obèse et totalement déconnecté de la société.

Son petit univers se résume à la maisonnette qu’il occupe avec sa mère, dans une résidence pour personnes âgées, au décor qui semble tout droit sorti d’une boîte de Playmobil.

Quand une jeune journaliste d’un magazine de surf vient se présenter pour l’interviewer, il est forcé de faire resurgir le passé, son enfance chaotique et pauvre ; ses années de gloire, toujours en demi-teinte, gâchées par son addiction à la drogue, son autisme et sa violence. Il a inventé un nouveau style de surf, forçant le reste de monde à abandonner les long boards et le surf propret, pour adopter sa façon agressive de laminer la vague avec des planches de plus en plus courtes.

Un fantôme aussi revient le hanter, au fil du récit de sa vie, celui de sa petite amie, Lisa, assassinée par Rodny le frère junkie de DK. Mais les doutes ne cessent de tarauder le lecteur, et l’innocence de DK semble tellement fragile. Et cette jeune femme qui pousse l’interview toujours plus loin dans l’intimité du mythe, qui est-elle ? Que veut-elle ?

Ce livre est dérangeant par le style très haché, qui ressemble au surf de DK. On se laisse pourtant emporter par les descriptions des sessions de surf et de cette époque complètement folle. Jusqu’au bout l’intrigue laisse planer le doute, et ce DK est abominable tout autant que magnifique.

Direction les Etats-Unis pour Les Apparences, de Gillian Flynn.

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Une petite ville est bouleversée par la disparition d’Amy, l’épouse de Nick, un enfant du pays contraint de quitter New York et de revenir dans ce trou paumé du Missouri suite à son licenciement.

C’est lui qui signale la disparition de sa femme, mais tout semble tellement suspect dans la maison, dans le comportement de Nick qui ne parait pas tellement éprouvé par la perte de sa femme. Chacune de ses apparitions devant les médias locaux ou nationaux renforcent les soupçons, et quand sa maîtresse révèle au grand public leur relation, il devient évident qu’il a tué sa femme.

Quand la première partie du livre s’achève, le lecteur est partagé. Tout est réuni pour en faire le meurtrier, et pourtant, ce serait trop simple, et notre instinct nous dit qu’il doit y avoir autre chose…

La suite vous emporte dans des manipulations machiavéliques qui vous empêchent de poser le livre tant les heures semblent comptées… Pour qui ? Je vous laisse le découvrir…

Je ne suis pas encore allée voir Gone Girl, l’adaptation au cinéma de ce roman, mais je pense que je ne vais pas résister longtemps…

 Plonger

Retour sur le sol français pour le troisième roman, l’excellent Plonger Christophe Ono-dit-Biot.

C’est la première fois que je lis l’un de ses romans, et j’ai été séduite par son écriture. Une histoire d’amour, puis de désamour, de séparation et de souffrance. Une histoire banale entre un journaliste, parfait portrait du parisien un peu exaspérant, qui tombe fou amoureux de Paz, une toute jeune photographe espagnole. Leur amour nait d’un malentendu, un article rédigé par César sur la toute première expo de Paz, qui lui vaut les foudres de l’artiste qui lui reproche non seulement de n’avoir rien compris à son œuvre, mais pire, risque de la dénaturer par cette interprétation erronée des motivations de la photographe.

On sait dès le départ qu’elle va mourir et sera retrouvée nue, sur une plage, elle qui aimait tant l’eau.

Au fil des pages, on découvre la passion et le talent de Paz, son ascension fulgurante du marché de l’art, qui l’emmène vers la gloire et la consécration lors de la Biennale de Venise. Et plus son succès grandit, plus son couple s’effrite car les différences qui jusque-là constituaient son ciment, creusent désormais un gouffre d’incompréhension.

Elle étouffe, et lui se sent perdu. Elle voudrait partir courir le monde, il ne veut plus quitter l’Europe après des expériences dramatiques qui l’ont transformé et traumatisé.

Ni l’enfant qui naît, ni l’amour dont on l’entoure et qui essaie d’être inconditionnel ne la retiennent, et Paz s’enfuit le jour du vernissage de sa plus belle exposition, au Louvre, son rêve accompli.

Si les personnages peuvent parfois agacer, l’écriture est belle et les descriptions du coin perdu de la péninsule arabique où la vie de Paz a été trop tôt interrompue, sont magnifiques. Elles sont tellement évocatrices, qu’elles laissent presque l’impression que le roman était illustré par des photographies de ces paysages. Les pages décrivant l’initiation à la plongée sous-marine du narrateur vous font vivre comme lui cette expérience unique. Une lecture autant qu’une sensation.

"La vérité, ça n'existe pas, comme tous les absolus qu'on n'atteint jamais. Je ne peux te donner que MA vérité."

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