Jazz sous les pommiers

Samedi dernier, il fait grand beau temps sur ce coin du Cotentin et les flèches de la cathédrale de Coutances se détachent sur le ciel bleu, nous guidant vers la haute ville.

Cathédrale de Coutances 2

Il y a du monde dans les rues, aux terrasses des cafés. Une ambiance de fête foraine avec ses odeurs de saucisses grillées qui se mêlent à celles des pralines et autres churros.

Mais aucun manège à l'horizon. Non, le spectacle est ailleurs.

Aux coins des rues, de petits orchestres rythment le pas des passants. Certains s'arrêtent, s'attroupent, s'enthousiasment.

Jazz manouche clope au bec, jazz plus classique d'un big band d'une école de musique locale.

clope au bec

Jazz manouche

C'est souvent très réussi, parfois les notes des amateurs sont hésitantes, mais ils sont toujours chaleureusement encouragés.

La grande esplanade derrière la Cathédrale accueille des troquets improvisés en plein air. Des lampions ont été installés sous les platanes, donnant des airs de guinguette à la petite échoppe où le cidre se déguste sur des tables en bois au son du saxophone ou de la clarinette.

C'est bon enfant, joyeux, toutes les générations se cotoient dans la bonne humeur, se croisent d'un concert à l'autre, le programme sous le bras et les billets des concerts "des grands" à la main.

Normandie-001

Car Jazz sous les Pommiers, c'est surtout une magnifique programmation pendant une semaine entière.

Pour vous faire envie, étaient venus cette année, entre autres, Thomas Dutronc, Dianna Reeves, Melanie Di Basio, et la magnifique Anoushka Shankar.

La salle était comble pour découvrir cette joueuse de sitar aussi belle que talentueuse.

Dans les brumes légères, la scène apparaissait avec son estrade recouverte d'un beau tapis et de coussins. D'un côté des percussions indiennes, de l'autre un piano et de drôle d'objets, semblables à de gros woks posés sur des trépieds. Curieux... Comme, je suis curieuse, j'ai découvert qu'il s'agissait d'un Hang, percussion de la famille des Idiophones...

Image illustrative de l'article Hang

Et au milieu, un très grand sitar.

Enfin elle arrive, entourée de ses musiciens, dans un sari aux couleurs chatoyantes.

Les instruments s'accordent. Le classique violoncelle, le sitar imposant qui semble tellement grand par rapport à elle, le tambour indien ...

Anoushka Shankar

Puis une ribambelle de notes étranges surgissent du bout de ses longs doigts.

Le premier morceau est déconcertant. Les notes du shehnai, sorte de haut-bois indien qui ressemble aux flûtes des charmeurs de serpent sont un peu stridentes, elles heurtent nos oreilles et masquent le sitar, plus pur.

Dans les autres morceaux, le shehnai se fait plus discret, et nous découvrons véritablement la virtuosité de cette artiste. Ses doigts virevoltent sur le manche à un rythme fou, le sitar répondant au shehnai, aux percussions, au violoncelle. Cette musique est totalement nouvelle pour nous, elle a le goût de l'exotisme, elle envoûte comme les légendes de son pays racontées au fil des râgas ces compositions mélodiques indiennes qui sont liées à un sentiment, une saison, un instant du jour.

Tantôt ils expriment la joie, l'amour, la plénitude, tantôt la douleur, la tristesse.

Elle alterne entre ces pièces classiques, et ses compositions aux sonorités plus rock, plus folk, avec ce sitar qui leur donne cette incroyable originalité.

Quelques notes cristallines surgissent soudain, envahissent l'espace, suspendues. Nous découvrons alors le son des "woks ", pardon, du Hang! Ces soucoupes volantes posées sur des pieds ont une sonorité céleste et esquissent les premières notes de cet air que j'adore, Flight

https://www.youtube.com/watch?v=6KrJD9qIA14

Autre moment de grâce, The sun won't set . Je connaissais la version chantée par la magnifique Norah Jones, la demi-soeur d'Anoushka Shankar.

https://www.youtube.com/watch?v=AmChU4gsRJA

La voix de sa chanteuse, Danny Keane, est magnifique. Elle aussi est impressionnante, maîtrisant le chant, le piano, le violoncelle. Leurs talents sont subjuguants.

Comme toujours, je préfère la magie de l'instant, la fragilité et la force  du chant face à un public, qui lui donne une profondeur qu'on ne trouve pas dans les arrangements musicaux des disques.

Puis, la déesse indienne aux pieds nus s'en va, nous saluant de ses mains jointes, dans ce geste aussi beau que respectueux, son immense sourire traduisant la joie d'avoir partagé ces moments rares avec nous.

Elle ne se produisait cette année que pour deux concerts en France, et nous étions là, à ses pieds ! Quelle chance !

Retour à la lumière, à la fête, une bonne glace pour les uns, un thé à la menthe pour les autres, pas de stress, nous nous laissons porter par le flux des festivaliers qui se dirigent vers d'autres concerts, d'autres univers.

Pour continuer dans la magie de cette fin d'après-midi, nous nous sommes mis en tête d'aller marcher sur la plage, de l'autre côté du "bout du monde", à l'entrée du Havre de la Vanlée.

La lumière était incroyablement belle ce soir-là, je vous laisse savourer ces quelques photos...

La marée montante

Normandie

Lumières sur le sable