Pour le deuxième volet de mes lectures de printemps, j'ai enfin lu le Goncourt 2010 !

Houellebecq

Et oui, cela fait des mois que La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq a rejoint les rayons de ma bibliothèque, mais je n'éprouvais pas encore la curiosité de le lire. Beaucoup de choses ont été écrites sur ce livre et j'ai préféré attendre que les esprits se calment avant de l'acheter et de le lire enfin. Je ne voulais pas être polluée par ce qu'en pensaient les autres.

C'est généralement ce que je fais quand un livre défraye la chronique, en bien ou en mal.

Autant le dire tout de suite, je n'ai pas retrouvé l'univers de Houellebecq que je trouvais assez fascinant dans les Particules élémentaires et Plateforme. C'est un Houellebecq nettement assagi qui a écrit ces lignes. Où est donc passé notre sulfureux écrivain ? Un héros un peu timoré, perdu dans sa vie, comme à côté de sa vie d'artiste à succès pourtant, mais qui doute et doute encore, comme s'il s'agissait d'une imposture, ce succès. Les deux premières parties du livre consacrées au travail de Jed Martin, à sa rencontre avec Houellebecq, à son ascension vers le succès, m'ont parues  longues, sans être inintéressantes, mais l'ennui qui envahit le personnage m'envahissait parfois aussi. La recherche artistique et les thèmes de sa peinture sont amusants, il y a des scènes de vernissages parisiens assez drôles, ce qui permet d'arriver au meilleur.

Car c'est lorsque commence la troisième partie, sous forme d'enquête policière, que le livre reprend du souffle et que l'intrigue vous tient en haleine. Je n'en dis pas plus sur les circonstances de cette enquête, car c'est tout l'équilibre du livre qui repose sur ses protagonistes, et il ne faut pas gâcher ce plaisir.

"Qu'est-ce qui définit un homme ? Quelle est la question que l'on pose en premier à un homme lorsqu'on souhaite s'informer de son état ? Dans certaines sociétés, on lui demande d'abord s'il est marié, s'il a des enfants ; dans nos sociétés, on s'interroge en premier lieu sur sa profession. C'est sa place dans le processus de reproduction, et pas son statut de reproducteur, qui définit avant tout l'homme occidental."

 

Après Houellebecq, je m'attaque à un autre auteur star, David Foenkinos. Je dois le dire tout de suite, j'avais tenté en vain de lire le potentiel érotique de ma femme. Il est très très rare que j'abandonne une lecture. Mais là, je n'y arrivais pas, le style, l'histoire, tout me déplaisait. Je l'avais laissé de côté.

La délicatesse

La délicatesse m'intriguait cependant. Son succès, puis l'adaptation en film avec cette chère Audrey Tautou. J'ai donc décidé de donner une nouvelle chance à Foenkinos.

Et bien m'en a pris !

Ce livre est magnifique, d'une beauté émouvante. Je me suis laissée envouter par cette histoire des amours de Nathalie, sa renaissance aux sens après des évènements tragiques, et cet incroyable Markus qui se croit invisible, insignifiant, inconsistant alors que sa présence illumine ceux qui savent dépasser leurs préjugés.

Son amour pour Nathalie transforme cet être qui se croit faible, et c'est toute la beauté de sa personnalité qui se révèle, et avant tout...sa délicatesse.

Ce livre nous rappelle combien cette qualité est rare et précieuse pour qui la rencontre sur son chemin. Dans nos quotidiens de plus en plus bruts, croiser des êtres délicats, prévenants, aimables, bienveillants, est un bonheur qu'il faut savoir apprécier. Cela doit nous convaincre de ne pas succomber à la banalité de l'impolitesse, de la muflerie, du sans-gêne, de toute cette palette d'attitudes plus irrespectueuses les unes que les autres, et qu'on prétend normales, voire essentielles pour avancer dans le monde professionnel. C'est une erreur monumentale à laquelle je refuse de souscrire.

Un livre à découvrir ou relire.

Et chose rare, j'ai très envie de voir l'interprétation de ce roman à l'écran.

"Rien n'était tragique. Il savait qu'il existait des navettes entre l'ïle de la souffrance, celle de l'oubli, et celle, plus lointaine encore, de l'espoir."