Lors de mon dernier passage à Lyon, Cousine Evelyne m'avait réservé une petite sélection de livres que je me suis empressée de dévorer dans le TGV du retour.

Deux livres très différents mais pourtant tous deux sur le thème de la mère. Deux livres sombres, deux histoires familiales difficiles et tragiques à des époques différentes.

Livre de Vigan  

Rien ne s'oppose à la nuit  de Delphine de Vigan est une autobiographie courageuse. Raconter sa mère, sa folie, parler sans détour de sa souffrance d'enfant confrontée aux délires de celle qui devrait être un modèle et qui n'est qu'une ombre perdue dans ses délires. J'ai été très impressionnée par cette lecture. Nous devons avoir à peu de chose près le même âge, l'auteur et moi, sa description de son enfance fait écho aux souvenirs que j'ai de cette époque et de ce que pouvait ressentir une enfant des années 70 et une ado des années 80. Mais ce qu'elle a vêcu, cet enfer relevant de la psychiatrie, comment a-t-elle fait pour s'en relever, pour réussir à transcender ses peurs, ses angoisses, ses traumatismes d'une aussi belle façon ? Car même si elle décrit sa mère crûment, froidement même, ne ménageant pas le lecteur comme pour exorciser cette époque terrible, c'est aussi un très bel hommage qu'elle lui rend, et tout son amour pourtant souvent maltraité qu'elle lui exprime.

J'ai été secouée, bouleversée par cette lecture, cette histoire familiale qui force aussi à s'interroger sur les séquelles que peuvent laisser des évènements familiaux passés sous silence, tacitement acceptés alors qu'ils sont inacceptables.

Rien ne s'oppose à la nuit

"Le noir de Lucile est comme celui du peintre Pierre Soulages. Le noir de Lucile est un Outrenoir, dont la réverbération, les reflets intenses, la lumière mystérieuse, désignent un ailleurs.
Lucile est morte comme elle souhaitait: vivante. Aujourd'hui, je suis capable d'admirer son courage."

Un livre à lire absolument. J'avais déjà beaucoup aimé No et Moi, cette nouvelle découverte me donne encore plus envie de continuer à découvrir cet auteur à l'écriture simple et vive.

Lambeaux

Autre milieu, autre époque, mais destin tout aussi tourmenté, Lambeaux  de Charles JULIET raconte l'histoire de sa mère, ou plutôt de ses mères : sa mère biologique et sa mère adoptive. Deux femmes, deux paysannes des montagnes de l'Ain à l'existence austère et dure au début du XXe siècle.

L'une voudrait faire des études mais reste prisonnière de sa condition paysanne, incomprise par sa famille pour qui cultiver son savoir ne signifie rien et n'est qu'inutile. Elle se trouve ainsi totalement isolée dans son monde qui n'est plus tout à fait le sien et sombre dans la neurasthénie pour finir trop tôt sa vie dans un hôpital psychatrique dans des conditions horribles, laissant de jeunes enfants dont le dernier, l'auteur, n'a que quelques mois.

L'autre est une brave femme, à la vie dure mais entourée de l'affection des siens. Elle prend en nourrice ce bébé pour rendre service et s'attache rapidement à lui, l'élevant comme son propre fils et lui offrant la possibilité de faire des études. Il lui voue un amour et une admiration immenses, qu'il lui écrit à travers ce livre, décrivant aussi remarquablement toute la peine qu'il a à devenir écrivain, non pas par manque de talent, mais par doute. C'est poignant.

 "Leurs destins ne se sont jamais croisés, mais l'une par le vide créé, l'autre par son inlassable présence, elles n'ont cessé de t'entourer, te protéger, te tenir dans l'orbe de leur douce lumière."

Pour me remettre de ces deux livres qui ont un peu bousculé mes émotions, j'ai eu besoin de plus de légèreté, d'un roman plein d'actions, de voyage, de couleurs.

Delhi 1

Je l'avais choisi chez Anagramme :

1) pour sa jolie couverture (les éditions Gaïa, comme les éditions Zulma savent attirer le regard!)

2) parce qu'il se passait en Inde, pays de mes amis Sanjeev et Claire, où je suis invitée tous les ans et qui m'attire depuis toujours.

Les plus belles mains de Delhi de Mikael BERGSTRAND est le récit de la dérive d'un quinquagénaire suédois au chômage qui quitte Malmö pour accompagner un ami organisateur de "l'Inde incroyable!", un voyage pour suédois en mal d'exotisme.

A peine arrivé, Göran tombe malade et est pris en charge par Yogi, un indien baratineur mais plein de compassion et d'amitié pour ce pauvre suédois en détresse. Il le recueille chez lui, ou plutôt chez sa despotique Amma, et lui fait peu à peu découvrir le vrai visage de Delhi. Notre suédois tombe sous le charme de cette ville, de ce pays, d'une belle esthéticienne mariée à un riche industriel. Il reprend confiance en lui, laisse libre cours à ses talents de chroniqueur pour des journaux suédois et retrouve ainsi sa place dans la société.

C'est enlevé, enjoué, assez drôle, et les descriptions du pays donnent vraiment envie d'aller voir si la réalité dépasse la fiction.

Encore un roman sur l'Inde de plus à ma bibliothèque déjà bien garnie. Il ne me reste plus qu'à prendre le prochain avion pour Bangalore...

One day may be...

Charly 9

Et pour finir, toujours de la sélection d'Evelyne, Charly 9 de Jean Teulé. La vie de Charles IX, version roman déjanté, comme seul Teulé sait les écrire. Ou comment ce pauvre roi de 22 ans a, par faiblesse, cédé à sa mère la diabolique Catherine de Médicis, et à son entourage tout aussi cruel, et accepté qu'on ordonne le massacre de la Saint Barthélémy. Le lendemain, il réalise toute l'ignominie de sa faiblesse et sombre doucement mais sûrement dans une folie sanguinaire...

L'écriture est totalement décalée, anachronique parfois, et c'est toute l'originalité du livre. On ne peut s'empêcher d'éprouver, si ce n'est de la sympathie, tout du moins de la pitié pour ce pauvre roi qui meurt à 23 ans, haï de tous.

Spring books